[article]
Titre : |
Microscopique versus macroscopique, ou l’arbre qui cache la forêt |
Type de document : |
texte imprimé |
Auteurs : |
Michel Dufour |
Année de publication : |
2024 |
Article en page(s) : |
p. 1 |
Langues : |
Français (fre) |
Résumé : |
C’est bien de s’occuper des chiffres après la virgule, à condition que celui d’avant soit juste. Sinon on professe des exactitudes qui ne sont pas pour autant des vérités. C’est toute la différence… laquelle puise peut-être sa source dans un enseignement émargeant davantage aux sciences de l’éducation qu’à la simple conscience des choses.C’est ainsi qu’on serine aux étudiants d’être plus précis, ce qui ne respecte la logique du bon sens. Mieux vaut être approximativement juste, que précisément faux.
Qu’on me pardonne le sourire d’une petite histoire : lors de l’entretien d’embauche d’un enseignant de mathématiques, le responsable dit au postulant. « Il paraît qu’en mathématiques vous êtes d’une précision et d’une rapidité imbattables ? » « Oui monsieur ». « Eh bien, rétorque l’autre, vous me permettrez une petite vérification toute simple ? » « Bien sûr monsieur ! » « Dans ce cas, pouvez-vous me dire combien font 873 divisés par 8,5 ? » Et l’autre répond immédiatement : 53,784295 ! Le responsable s’étonne : « Mais… c’est complètement faux ! » « Peut-être, répond le postulant, mais c’est rapide et précis ! ».
Le problème est que, pourtant indispensable, l’apport d’une vision scientifique, au lieu d’être la cerise sur le gâteau, s’est mis à « remplacer » la vision pragmatique que nombre de praticiens mettait en pratique. Le petit bout de la lorgnette a pris le pas sur le grand, ce qui est aussitôt récupéré par les dogmatiques d’éternels concepts holistiques, de techniques à noms propres qui, partant d’un constat souvent correct, bâtissent des méthodes où la pensée unique est devenue le maître-mot.
Le problème se complique par trois données concomitantes. D’une part, l’époque actuelle grouille, déborde, regorge d’informations… mais pour quelles connaissances ? Les informations ne servent à rien s’il n’y a pas au préalable une éducation au discernement. D’autre part, l’aspect mercantile auquel poussent les marchands de matériel s’accommode, on ne peut mieux d’une vision de coaching médical et de fitness médical pour une prise en charge de plus en plus de masse, de sport et de jeunes. Enfin, l’appauvrissement croissant du langage, pilier de la communication, déjà entamé par l’IA et les bourdes qui en ressortent.Devant tout cela, il n’y a que deux attitudes possibles : soit baisser les bras et hurler avec les loups, soit persister à croire en l’humanisme professionnel à travers des pratiques raisonnées mais ne se payant pas de grands mots et proposant des agissements concrets. C’est le but que poursuit cette revue. |
Note de contenu : |
https://doi.org/10.1016/j.kine.2024.06.006 |
Permalink : |
./index.php?lvl=notice_display&id=119174 |
in Kinésithérapie, la revue > 274 (Octobre 2024) . - p. 1
[article] Microscopique versus macroscopique, ou l’arbre qui cache la forêt [texte imprimé] / Michel Dufour . - 2024 . - p. 1. Langues : Français ( fre) in Kinésithérapie, la revue > 274 (Octobre 2024) . - p. 1
Résumé : |
C’est bien de s’occuper des chiffres après la virgule, à condition que celui d’avant soit juste. Sinon on professe des exactitudes qui ne sont pas pour autant des vérités. C’est toute la différence… laquelle puise peut-être sa source dans un enseignement émargeant davantage aux sciences de l’éducation qu’à la simple conscience des choses.C’est ainsi qu’on serine aux étudiants d’être plus précis, ce qui ne respecte la logique du bon sens. Mieux vaut être approximativement juste, que précisément faux.
Qu’on me pardonne le sourire d’une petite histoire : lors de l’entretien d’embauche d’un enseignant de mathématiques, le responsable dit au postulant. « Il paraît qu’en mathématiques vous êtes d’une précision et d’une rapidité imbattables ? » « Oui monsieur ». « Eh bien, rétorque l’autre, vous me permettrez une petite vérification toute simple ? » « Bien sûr monsieur ! » « Dans ce cas, pouvez-vous me dire combien font 873 divisés par 8,5 ? » Et l’autre répond immédiatement : 53,784295 ! Le responsable s’étonne : « Mais… c’est complètement faux ! » « Peut-être, répond le postulant, mais c’est rapide et précis ! ».
Le problème est que, pourtant indispensable, l’apport d’une vision scientifique, au lieu d’être la cerise sur le gâteau, s’est mis à « remplacer » la vision pragmatique que nombre de praticiens mettait en pratique. Le petit bout de la lorgnette a pris le pas sur le grand, ce qui est aussitôt récupéré par les dogmatiques d’éternels concepts holistiques, de techniques à noms propres qui, partant d’un constat souvent correct, bâtissent des méthodes où la pensée unique est devenue le maître-mot.
Le problème se complique par trois données concomitantes. D’une part, l’époque actuelle grouille, déborde, regorge d’informations… mais pour quelles connaissances ? Les informations ne servent à rien s’il n’y a pas au préalable une éducation au discernement. D’autre part, l’aspect mercantile auquel poussent les marchands de matériel s’accommode, on ne peut mieux d’une vision de coaching médical et de fitness médical pour une prise en charge de plus en plus de masse, de sport et de jeunes. Enfin, l’appauvrissement croissant du langage, pilier de la communication, déjà entamé par l’IA et les bourdes qui en ressortent.Devant tout cela, il n’y a que deux attitudes possibles : soit baisser les bras et hurler avec les loups, soit persister à croire en l’humanisme professionnel à travers des pratiques raisonnées mais ne se payant pas de grands mots et proposant des agissements concrets. C’est le but que poursuit cette revue. |
Note de contenu : |
https://doi.org/10.1016/j.kine.2024.06.006 |
Permalink : |
./index.php?lvl=notice_display&id=119174 |
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