[article]
Titre : |
La maladie la nuit |
Type de document : |
texte imprimé |
Auteurs : |
Bertrand Kiefer |
Année de publication : |
2019 |
Article en page(s) : |
p. 1784 |
Langues : |
Français (fre) |
Résumé : |
Pour les malades, ceux que la mort commence à côtoyer, mais aussi les autres, chez qui elle n’est encore qu’une bête qui rôde, la nuit représente toujours une aventure. De solitude. De souffrance qui altère, qui transforme, se déployant en voyage intérieur. C’est l’étrange moment où la raison perd sa clarté – ou alors la trouve, laissant tomber les masques et les faussetés du jour. Moment d’angoisses sans recours, mêlées de troubles distorsions de la raison. S’y déploient des fantasmes et y surgissent des monstres, comme disaient les Anciens. Moment, aussi, où se manifeste une conscience décapée de soi, parfois une fulgurante clairvoyance. Peut-être existe-t-il une vérité de la nuit ? Pour les Amérindiens, sa réalité, celle des rêves et de la conscience embrumée, représente le vrai monde, dont la modalité éveillée n’est qu’une émanation. Comment être sûr du contraire ?
« La santé, c’est la vie dans le silence des organes », affirmait Leriche. Eh bien, de la même façon, la maladie la nuit, c’est la souffrance dans le silence de la médecine. Silence, d’abord, des institutions, hôpitaux et centres ambulatoires qui, même ouverts 24h/24, ferment le soir venu les stores de leur activité rayonnante et affairée pour se mettre en mode attente. Silence, ensuite – et en symétrie – des malades. Il existe en effet une convention tacite selon laquelle, dans la mesure du possible, le malade, la nuit, doit rester patient (jamais il ne l’est autant qu’à ce moment-là), discret, contenu dans ses propres besoins et confiné à ses capacités. Bien sûr, la nuit, les médicaments continuent d’agir, les machines, quand il y en a, surveillent ou pallient des déficiences aussi bien que de jour. Mais il ne s’agit que d’expectative. Que chacun confie sa maladie au repos thérapeutique : voilà le grand programme nocturne. |
Permalink : |
http://cdocs.helha.be/pmbgilly/opac_css/index.php?lvl=notice_display&id=65769 |
in Revue médicale suisse > 665 (2 Octobre 2019) . - p. 1784
[article] La maladie la nuit [texte imprimé] / Bertrand Kiefer . - 2019 . - p. 1784. Langues : Français ( fre) in Revue médicale suisse > 665 (2 Octobre 2019) . - p. 1784
Résumé : |
Pour les malades, ceux que la mort commence à côtoyer, mais aussi les autres, chez qui elle n’est encore qu’une bête qui rôde, la nuit représente toujours une aventure. De solitude. De souffrance qui altère, qui transforme, se déployant en voyage intérieur. C’est l’étrange moment où la raison perd sa clarté – ou alors la trouve, laissant tomber les masques et les faussetés du jour. Moment d’angoisses sans recours, mêlées de troubles distorsions de la raison. S’y déploient des fantasmes et y surgissent des monstres, comme disaient les Anciens. Moment, aussi, où se manifeste une conscience décapée de soi, parfois une fulgurante clairvoyance. Peut-être existe-t-il une vérité de la nuit ? Pour les Amérindiens, sa réalité, celle des rêves et de la conscience embrumée, représente le vrai monde, dont la modalité éveillée n’est qu’une émanation. Comment être sûr du contraire ?
« La santé, c’est la vie dans le silence des organes », affirmait Leriche. Eh bien, de la même façon, la maladie la nuit, c’est la souffrance dans le silence de la médecine. Silence, d’abord, des institutions, hôpitaux et centres ambulatoires qui, même ouverts 24h/24, ferment le soir venu les stores de leur activité rayonnante et affairée pour se mettre en mode attente. Silence, ensuite – et en symétrie – des malades. Il existe en effet une convention tacite selon laquelle, dans la mesure du possible, le malade, la nuit, doit rester patient (jamais il ne l’est autant qu’à ce moment-là), discret, contenu dans ses propres besoins et confiné à ses capacités. Bien sûr, la nuit, les médicaments continuent d’agir, les machines, quand il y en a, surveillent ou pallient des déficiences aussi bien que de jour. Mais il ne s’agit que d’expectative. Que chacun confie sa maladie au repos thérapeutique : voilà le grand programme nocturne. |
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